Evariste Richer
Le grand Horloger: un gros plan sur les mains d’un pêcheur fabricant un leurre. L’image source provient d’une coupure de presse du New York Times découpée et rapportée des Etats-Unis par l’artiste.
Les mains à l’œuvre prennent ici une dimension qu asi magique, une dimension quasi chamanique: la touche dorée révèle le leurre en le sacralisant.
Cette sérigraphie condense un certain nombre de préoccupations qui traversent le travail d’Evariste Richer : les distorsions d’échelle, le rapport de l’infiniment petit à l’infiniment grand, les mains qui donnent et « contre-donnent », les « outils de mesure » du monde, et une interrogation à la fois inquiète et subtile sur notre compréhension de l’univers. Partant d’un évènement banal et concret – un pêcheur préparant un hameçon – l’artiste nous fait glisser vers une dilatation du récit.
Le titre « Le grand horloger » renvoie à une expression issue de la philosophie ( notamment Voltaire) et de la théologie, passée dans le vocabulaire plus courant pour désigner un être suprême qui régirait le monde et sa mécanique céleste. Au-delà de cette idée du grand marionnettiste qui jouerait avec les fils de nos destins, le titre de l’œuvre souligne l’un des signes visuels forts qui composent l’image, la montre au poignet de cet homme, chronomètre subliminal et par là, mesurant le temps qui passe, le temps du pêcheur qui attend de ferrer l’invisible dans la patience et le silence, le temps de l’artiste qui cherche le dépassement de l’art dans sa dématérialisation, le temps de l’image qui trouble, magnétise ou menace le regard.
Sorte de Vanité contemporaine, cette œuvre se présente comme une nouvelle articulation du travail d’Evariste Richer, dans la mesure où elle amorce la réalisation à venir de plusieurs œuvres autour du leurre. Selon les propos de l’artiste, elle » appâte le futur ».




